Utiliser les mouvements mandibulaires pour détecter le bruxisme (grincement des dents) chez les patients souffrant d’apnée obstructive du sommeil ?

Utiliser les mouvements mandibulaires pour détecter le bruxisme (grincement des dents) chez les patients souffrant d’apnée obstructive du sommeil ?

 

Nous avons publié en mai 2021 un papier scientifique dans Nature and Science of Sleep, visant à démontrer que l’étude par intelligence artificielle des mouvements mandibulaires permettait la détection précise de phases de bruxisme pendant le sommeil chez les patients souffrant du SAHOS (Syndrome d’Apnée et d’Hypopnée Obstructives du Sommeil). 

Julianne Thimoléon

Contexte 


Cette étude a été menée par Jean-Benoit Martinot,Nhat-Nam Le-Dong, Valérie Cuthbert, Stéphane Denison, David Gozal, Gilles Lavigne, Jean-Louis Pépin.


Une activité accrue des muscles de la mâchoire peuvent provoquer le développement de bruxisme pendant le sommeil (grincement ou serrement des dents). La prévalence de ce trouble, en premier lieu basée sur les retours de partenaires et proches des sujets souffrant de bruxisme, est estimée entre 14% et 20% chez les enfants, entre 8% et 12% chez les adolescents et jeunes adultes, et arrive à 3% chez les personnes âgées. 


Le bruxisme peut causer une usure prématurée des dents et un trouble de l’occlusion dentaire important. Pourtant les traitements sont relativement simples et efficaces. Aussi, l’enjeu est de permettre un accès facile et rapide au diagnostic. Aujourd’hui, la méthode de référence pour le diagnostic du bruxisme est la polysomnographie (PSG) en milieu clinique ou ambulatoire. Pour mesurer l’activité rythmique des muscles masticateurs (en anglais RMMA), il faut ajouter à l’équipement de PSG un capteur supplémentaire sur les masséters et/ou muscles de la mâchoire (électromyographie). 


Étant donné l’inconfort imposé par ces électrodes, les études sur l’activité rythmique des muscles masticateurs la nuit sont difficiles à mettre en place dans un environnement naturel. Cette étude menée en 2021 contribue donc à légitimer l’arrivée d’une nouvelle solution, moins invasive et facile à utiliser à domicile. 




Déroulement 


Entre février 2018 et Novembre 2019, 67 patients avec suspicion de SAHOS ont été invité à réaliser une polysomnographie en laboratoire du sommeil. Parmi eux, 61 ont été recrutés à partir de leur propre signalement de grincement/serrement de dents, celui d’un proche ou celui de leur dentiste. L’activité des muscles de leurs mâchoires a été mesurée avec des électrodes et simultanément le capteur Sunrise (mesure des mouvements mandibulaires). 


Toute cette étude a été réalisée dans une même clinique du sommeil (CHU UCL Namur, site de Saint Elizabeth, Namur, Belgique).  




Conclusion


Cette étude a montré qu’une analyse automatisée des mouvements mandibulaires couplée à un algorithme en machine-learning est capable d’identifier et quantifier les épisodes de bruxisme. Les résultats ont démontré une grande concordance avec la PSG. Les mouvements mandibulaires apparaissent comme un signal clé à exploiter pour détecter facilement l’activité rythmique des muscles masticateurs et confirmer un diagnostic de bruxisme, et de manière encore plus significative en présence de SAHOS. 


Lors de l’étude, un enregistrement audio-vidéo a permis de distinguer l’activité rythmique des muscles masticateurs des autres mouvements des muscles masticateurs (mâcher, déglutition, démangeaisons faciales ou grimaces) pour les éliminer des mesures.  


Pour retrouver l’ensemble des résultats et la publication complète, rendez-vous sur cette page

 

À propos du journal 

Nature and science of Sleep est un journal international reconnu par les pairs, en libre accès. Il couvre tous les aspects de la science et médecine du sommeil, incluant la neurophysiologie et fonctions du sommeil, la génétique du sommeil, les rythmes biologiques, les rêves, les troubles du sommeil et leurs thérapies, ainsi que les stratégies pour optimiser son sommeil et sa santé.

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